Le contenu des plans régionaux déchet dévoilé : la balle dans le camp des territoires

En application de la loi NOTRE, le décret du 17 juin 2016 vient préciser le contenu des plans régionaux de prévention et de gestion des déchets.

Newsletter
Partager
Bluesky

La loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRE) a transféré aux 13 régions la compétence de planifier la gestion des déchets, qui relevait auparavant de la centaine de départements français. Les régions doivent élaborer un plan complet, théoriquement d’ici à février 2017, incluant tous les flux de déchets (ménagers, industriels, dangereux, BTP, amiantés, etc.) sauf nucléaires. Le ministère de l’environnement vient de publier le décret d’application fixant le contenu des plans (n°2016-811 en date du 17 juin 2016), ainsi qu’une note d’accompagnement.

Zero Waste France salue cette rationalisation qui devrait permettre une meilleure mutualisation des installations de traitement. L’élaboration du plan, qui devra consister en un inventaire complet de tous les flux de déchets et des sites de traitement, sera aussi l’opportunité de créer des synergies intéressantes entre tous les acteurs privés et publics, et de planifier la prévention et la gestion des flux à horizon 6 ans et 12 ans.

Parmi les évolutions intéressantes, on peut noter qu’une partie du plan sera consacrée à la gestion des biodéchets. Nous regrettons cependant qu’il ne permette que « l’identification des possibilités de mutualisation des collectes et des traitements des flux », sans comporter une véritable obligation de planifier la création ou l’extension des capacités de traitement (compostage et méthanisation notamment) pour offrir plus d’exutoires à la collecte séparée des biodéchets. Par ailleurs, le plan régional sera accompagné d’un « plan d’action en faveur de l’économie circulaire », lequel sera l’opportunité pour les régions, également compétentes en matière de développement économique, d’investir et de soutenir l’économie circulaire sur leurs territoires.

En revanche, nous regrettons fortement le changement notable de rédaction employé concernant les limites de capacité de stockage et d’incinération. Alors qu’auparavant, la capacité en stockage et en incinération ne pouvaient dépasser 60% des déchets produits, cette limite ne concerne désormais que « l’élimination », c’est-à-dire le stockage (qui doit être réduit de 50%) et l’incinération à faible performance énergétique[1].

En conséquence, ce sont donc près de 10 millions de tonnes de déchets qui ne sont pas concernés par cette limite de capacité, car déjà incinérés dans des installations atteignant le seuil de valorisation énergétique (environ 6.7 MT) ou utilisés comme combustible solide de récupération (CSR – 2.5 MT selon l’Ademe).

A l’heure où plusieurs grandes agglomérations françaises entendent construire ou reconstruire des incinérateurs ou développer de nouvelles technologies comme la pyro-gazéification, nous les appelons à mettre en œuvre des plans ambitieux de prévention et de recyclage avant de lancer des investissements démesurément coûteux et inhibant à long terme le développement des traitements alternatifs.

L’élaboration de ces nouveaux plans se fera à l’issue d’un processus de consultation, auquel les associations locales agréées pour la protection de l’environnement pourront participer et auront un rôle important à jouer.

Contact : thibault@zerowastefrance.org

[1] Les incinérateurs atteignant le seuil fixé par la formule R1 ne sont pas considérés comme des installations d’élimination.

Actualités

à la une
28 mai 2026

Vente en vrac : Zero Waste France et Surfrider Foundation Europe attaquent le décret du gouvernement devant le Conseil d’Etat

Alors que le gouvernement organise actuellement une concertation sur les enjeux liés au plastique, Zero Waste France et Surfrider Foundation Europe ont déposé un recours en excès de pouvoir devant[...]

21 mai 2026

Responsabilité élargie du producteur : ce que la France pourrait apprendre de son voisin neerlandais

En France, ce sont les producteurs qui créent et pilotent les éco-organismes censés gérer la fin de vie de leurs produits. Aux Pays-Bas, une ONG environnementale a créé un autre modèle de REP : un[...]

20 mai 2026

Consigne : la priorité doit rester le réemploi

France Nature Environnement, Surfrider Foundation Europe, No Plastic in my Sea et Zero Waste France rappellent que la priorité pour lutter contre la pollution plastique ainsi que soutenir l’économ[...]

12 mai 2026

Réemploi et réparation : les parents pauvres de la filière ameublement

Faibles taux de réemploi, réparation marginale, augmentation continue des déchets mobiliers, domination de la « fast déco » : la filière ameublement peine à atteindre ses objectifs de prévention. [...]

07 mai 2026

Filière des déchets textiles : la nécessité de repenser son fonctionnement

Face aux quantités de vêtements commercialisés en France, la filière des déchets textiles explose. Malgré sa refonte en cours, le cahier des charges de la filière est loin de pouvoir répondre aux [...]

29 avril 2026

La filière REP des emballages ménagers : un système efficace ?

La filière de responsabilité élargie du producteur (REP) des emballages ménagers est un outil clé de nos politiques de prévention et gestion des déchets. Malgré l’enjeu que représente la sortie de[...]

28 avril 2026

Interdiction du plastique dans la restauration collective : Zero Waste France fait le point

Adoptée en 2018, l’interdiction des contenants en plastique dans les cantines devait enfin entrer en vigueur en 2025. La récente censure du décret qui en précisait les contours a permis aux lobbie[...]

à la une
27 avril 2026

Les ONG somment le gouvernement de mettre la proposition de loi sur les cantines sans plastique à l’agenda parlementaire

Dans un courrier envoyé le 23 avril 2026 au ministre délégué à la transition écologique Mathieu Lefèvre, les ONG engagent le gouvernement à mettre sans délai la proposition de loi sur les cantines[...]

23 avril 2026

Responsabilité élargie du producteur (REP) : Zero Waste France dénonce un système “pollueur-décideur” et demande une réforme en profondeur

Deux ans après une première alerte sur les dysfonctionnements du principe du pollueur-payeur, Zero Waste France publie un nouveau rapport qui atteste du fonctionnement défaillant des éco-organisme[...]

14 avril 2026

Loi « Fast-Fashion » : les vrais chiffres des déchets textiles

Alors que la Commission Mixte Paritaire (CMP) doit sceller le sort de la loi contre la fast-fashion, la coalition Stop Fast-Fashion publie une enquête de terrain inédite menée dans 33 ressourcerie[...]